Camille Claudel
L'exposition Camille Claudel, au musée Rodin (jusqu'au 20 juillet 2008)
C'est ma deuxième rencontre avec ces sculptures. La première fois, j'avais vingt ans, dans ce même musée, des œuvres de Claudel étaient mêlées à celles de Rodin. J'avais tremblé, tellement d'émotion, tellement proche, tellement de puissance.
Mais pourquoi toujours exposer Claudel au musée Rodin ? Je rêve d'une expo Rodin au musée Camille Claudel, un jour…
Je n'avais jamais vu “La jeune fille à la gerbe”. “La Valse”, bien sûr. Et “l'Âge mûr”. Camille Claudel arrive à sculpter comme on compose de la musique, elle attrape la vie, la dévoile, tout en mouvements, par touches sensibles. Elle dé-fige la sculpture.
Pourquoi ces “Causeuses” me touchent-elles tellement ? Déjà, il y a vingt-cinq ans, je m'étais longtemps arrêtée devant ces femmes en bavardage, devant ce secret dévoilé. J'avais le souvenir de vieilles femmes, mais elles sont jeunes. Elles causent, disent, racontent, sont dans des secrets qui remontent si loin qu'elles n'ont pas d'âge.
Et les têtes de vieilles femmes, l'Implorante, Persée… Clotho. Clotho. Vie, mort. Tant de vécu sublimé, d'histoires effleurées en profondeur. J'en suis encore bouleversée.
Camille Claudel a sculpté plusieurs fois “La petite châtelaine”. Une des versions est vertigineuse : le regard encore plus présent, les narines plus dilatées, l'enfant est posée, là, elle nous retient, comme si elle avait aux bords des lèvres une interrogation, une accusation. J'entends sa question d'enfant aux adultes : « Qu'avez-vous fait de la vie ? »
Dans un questionnaire, la Camille Claudel de vingt ans cite Louise Michel comme héroïne préférée. Écrire, un jour, les destins croisés de Camille Claudel et de Louise Michel…
Deux femmes liberté. Deux femmes emprisonnées.
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Un premier coup de cœur, l’océan
Il est un endroit au bord de l’océan, loin, très loin, là où finissent les terres. Là-bas, dans les landes d’ajoncs et de bruyères, passe sans bruit la silhouette de Jane Eyre, enfin réconciliée, et tous les vents des Hauts de Hurlevent passent avec elle. Pirates et flibustiers hantent les côtes déchirées. Les jours de tempête, on entend même les rires de Morgane et ceux de Viviane, mêlés aux cris indignés de Merlin, pauvre vieux fou enamouré. Là-bas, un village abandonné dort sous le lierre ; une grosse pierre accrochée sur l’eau a vu tant d’amours naissantes, cachées au creux de ce port de fortune, qu’elle pourrait conter la naissance de tous ceux du pays. Sans parler des korrigans et autres lutins quelque peu envahissants…
Un jour, je vivrai là-bas, au milieu des pinèdes, des écureuils et des chevreuils curieux, dans une maison de bois. Un jour…

