Demain la Lune
L‘été 1969 aurait pu être un été comme les autres, plus de deux longs mois passés à traquer la marée chez son grand-père en Bretagne. Mais cet été là, tout allait changer…
« Jusque-là, Michel
pensait que la mer et la terre ne faisaient qu’une seule et
même chose. Comment imaginer un océan sans rivage ? Ou
le ciel sans les étoiles, le pain beurré sans la barre de
chocolat à quatre heures, les dictées sans les mauvaises
notes ? Impossible, tout ça allait ensemble. Sa mère
et son père aussi. Ensemble. Ensemble, ils faisaient une
seule chose, des parents.
Et ce soir-là, comme ça, en une phrase, les parents ne
signifiaient plus rien. Il y aurait désormais papa d’un
côté, et maman de l’autre. »
Et quand Michel débarque dans ce camping du sud de la
France, c'est une autre catastrophe qui lui tombe
dessus : une catastrophe au nez pelé et aux couettes
mal ficelées…
« Les fusées montent dans le ciel et éclatent. Des
gerbes de feu foncent sur eux avant de s’effacer. Bleues,
rouges, vertes, jaunes, blanches. Pendant dix minutes, un
ballet de lumières dans le ciel, et ses reflets sur la mer.
Michel sourit aux anges. Il oublie qu’il a décidé d’être de
mauvaise humeur, c’est bien trop beau. Il sent une présence
derrière lui.
— Toi aussi, tu aimes ça, hein ?
La fille au nez pelé lui souffle son haleine sucrée dans le
cou.
— Quand ils vont décoller, ça va être pareil, et encore
plus beau même ! Tu veux un chouchou ?
Michel se retourne. La tête en l’air, les yeux figés sur
les explosions dans le ciel, la fille plonge sa main dans
le cornet de cacahuètes sucrées.
— Qui va décoller ?
Son chouchou au bout des doigts, la fille le regarde comme
s’il était un Marsupilami à pois rouges.
— On est le 14 juillet 1969, dans deux jours, il va y
avoir le décollage du siècle, le décollage le plus
important du monde, de l’humanité entière même, et toi, tu
me demandes qui va “déc’ller” en suçant ta glace de
martien ? Non mais je rêve ! Tu tombes vraiment
de la Lune, toi… »
“Demain la Lune”, chapitres 1
et 4
*
Cette playlist n’est pas complète, et “Sur ton visage,
une larme” est chantée par Christian Delagrange alors que
ce devrait être Lucky Blondo…
Couverture
d'Olivier Tallec
• Nominations :
Prix
des Dévoreurs de livres
(Eure), prix
Bouquin-Malin 2010 (Oloron Sainte-Marie).

