Shéhérazade en colère

Il n’y a pas de petit et de grand combat, il y a les moments où il faut savoir dire « non ». Et tout ce qui touche la lecture, l’accès au livre, au savoir, au rêve, est un combat essentiel.

Alors en ces périodes troubles, déjà, se battre pour que la lecture à haute voix se fasse en toute liberté. Avec Alice Brière-Haquet et Vincent Villeminot, puis plus de 150 auteurs, illustrateurs et bibliothécaires ou gens du livre, on a lancé une pétition.

Pour signer la pétition, c’est par ici

Image © Carole Chaix.

Esperluette

Malgré tout, avec acharnement, en s’aimant, en riant… vivre.

Ce week-end, trio complice à Cluses : invitée d’honneur avec Metin Arditi, Carole Chaix convie deux de ses auteurs à partager une matinée de surprises autour de la création.
Avec Annie Agopian, auteur (entre autres !) de Dans la tête d’Albert, “Dommage que ce ne soit pas un cocktail”, dimanche 10h30, palais des Esserts.

Vendredi, rencontres dans les classes, samedi et dimanche, dédicaces.

Le programme, ici.

Je me souviens… les blogs

• 2004, je publie mon premier livre, un roman illustré, L’école du désert. On en parle d’Incos en prix organisés par des médiathèques, des villes, des établissements scolaires, des associations… Et dans une chronique de Pascale Pineau sur Ricochet, en ce temps où le net n’était pas une route aussi empruntée qu’aujourd’hui.

Installation cadres et autres objets
• 2005, mon premier album, À l’ombre du tilleul.
Des nominations aussi, et le prix Octogone, aujourd’hui disparu, qui me donne un élan essentiel à l’écriture. Des chroniques sur le site Sitarmag et sur Ricochet. Les libraires Sorcières avaient déjà leur magazine Citrouille et leurs chroniques fouillées — je me souviens de celles de Madeline Roth notamment, Madeline qui a continué à porter ses mots dans ses propres livres… La Charte chroniquait des livres dans une revue papier, d’autres bien sûr parlaient de livres, le CRDP, la BNF, des bibliothèques, des réseaux consacrés aux livres, comme Lecture jeunesse 83.

• Pour l’album suivant, Entre deux rives, Noël 43, je me souviens avoir insisté : il fallait envoyer des livres aux chroniqueurs sur internet, aux blogueurs, par là, ça frémissait, ça pulsait, ça bougeait. Les envois sont partis, un peu à reculons, ce n’était pas (encore) dans les usages.

• Et sont venus les années 2006, 2007, L’enfant silence et Pablo de La Courneuve, avec l’explosion des blogs de littérature, et de littérature jeunesse. Lily et ses Livres, Clarabel, Gaëlle la libraire, De papier de soie…,  vous toutes et tous qui lisez, chroniquez, vous enthousiasmez, qui avez l’élégance de ne pas enfoncer les livres qui vous ont déçus, qui portez nos livres quand la presse traditionnelle en parle si peu.

• En 2009, publication de la première saison des blue Cerises.
Manège vole !La blogosphère a pris son envol, pas un livre qui ne tente d’y trouver un écho. Les blue Cerises sont adoptées par les blogueuses (oui, souvent des femmes, alors mettons ici le féminin comme l’emportant sur le masculin…). Bladelor, Stéphie, Camille à Péronne, Au milieu des livresles Îles Indigo, des libraires qui s’emparent de l’outil internet aussi pour chroniquer des livres, la Soupe de l’Espace, Rêv’en pages… vous toutes…
Ce sont les blogs qui font connaître les blue Cerises, qui s’amusent de cette écriture à quatre auteurs pour quatre personnages dans des nouvelles croisées, les blogs encore qui parlent de Zik ou de Violette, d’Amos ou de Satya comme s’ils étaient des amis, qui prennent parti pour l’un ou pour l’autre, qui brassent cette écriture chorale et la porte jusqu’aux lecteurs. Comment vous dire merci ? En continuant à écrire ? En continuant à vous lire aussi.

• Depuis, l’aventure continue. Aujourd’hui est un jour un peu spécial, un blog ferme. Parce que la vie des blogs c’est ça aussi : ça va, ça vient, c’est spontané, ça suit les désirs… Certains se professionnalisent, comme La Mare aux mots et les Histoires sans fin, et c’est tant mieux. D’autres gardent une écriture semée le long des trouvailles, des fantaisies, des émotions qu’on a envie de partager. Et c’est tant mieux aussi.

Anne Loyer, EnfantipagesAujourd’hui, Enfantipages ferme sa porte, Anne Loyer a d’autres envies, d’autres mots à écrire, dans ses propres livres. Enfantipages a porté tant de mes livres… Anne, je voulais juste te dire un grand merci. On se croisera sur des salons, des événements, on parlera… livres. Qui sait, peut-être qu’un jour on chroniquera à deux voix, à deux stylos pour une occasion ou une autre ?
À bientôt, Anne, sur le web, dans tes romans, tes livres ou dans la vraie vie…

Martin Page

Nous nous trompons, nous sommes excessifs, idéalistes, maladroits et naïfs. Mais pour de bonnes raisons : nous tentons des choses dans nos créations, nous prenons des risques, nous refusons de reproduire une recette.

Martin Page · Manuel d’écriture et de survie, Seuil, mai 2014