La vie…

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Je m’appelle Cécile Roumiguière, oui pour de vrai : c’est le prénom que m’ont choisi mes parents et mon parrain, le nom que m’a laissé mon père. Je suis née en 1961, en pleine guerre… non pas la deuxième… et qui a dit “celle des poilus ?” Greuh… Née en pleine guerre donc, une guerre à la fois lointaine et proche, celle d’Algérie. Un peu plus tard, je la redécouvre à travers un film diffusé sur la télé en noir et blanc : Les parapluies de Cherbourg raconte l’histoire de deux amoureux séparés par la guerre, ce qui me semble une injustice tellement débile que je ne la comprends pas. Aujourd’hui encore, je l’avoue, j’ai du mal à comprendre.

J’ai grandi dans un temps où les cours de récré n’étaient pas en goudron matelassé, où l’on suçait des roudoudous, petits coquillages remplis à ras bord de confiture, et où l’on dansait Belle, belle, belle avec bottes et panties. Les panties, c’est une sorte de short collant avec dentelles au bout, une des modes les plus moches que j’ai jamais croisées.

Je suis née au cœur de l’Aveyron, entre prés verts et moutons. Mais très vite j’ai vécu à Carcassonne, dans le sud de la France. Carcassonne, c’est une ville-histoire à elle toute seule. Au milieu des immeubles, des rues et des maisons, émerge une cité du Moyen-Âge, encore mieux que chez Mickey. Des remparts, des tours, un pont-levis, un château… tout y est. Forcément, vivre sous des remparts à l’heure de la conquête de l’espace, ça aide à rêver.

gagarinebleuEt oui, j’ai dix jours quand un premier homme, Youri Gagarine, vole dans l’espace. Ensuite vint le programme Apollo puis les premiers pas de l’homme sur la lune.

Après être née, je tombe dans les livres la tête la première. Peut-être d’abord parce que je ne les voyais pas très bien… J’étais myope comme trois taupes ! Cela ne m’a pas empêchée d’apprendre à lire à la maternelle. Normal : je n’ai jamais su dessiner, alors pendant que les copains, les mains pleines de gouache, patouillaient avec bonheur, moi, je me prenais pour une archéologue à déchiffrer les aventures de “Rémi et Colette” qui cueillaient des tulipes et jouaient au Meccano. Ensuite, j’ai continué à m’inventer des histoires.

dragoncartierLes histoires, je les ai d’abord écrites pour être jouées. La première, j’ai six ou sept ans, pendant des vacances d’été. Dans le village de mes grands-parents, la cour d’une école abandonnée est ouverte à tous les jeux. Sous le préau, j’invente un spectacle qui est joué par tous les copains et cousins cousines, devant des parents très gentils et qui ont applaudi « comme ils sont beaux nos petits »… Vingt ans plus tard, j’écris mon premier scénario de spectacle, un son et lumière réalisé par une équipe de plus de cent cinquante personnes. Je ne sais pas si mon émotion a été plus grande ce soir d’été de première dans le grand théâtre de la Cité ou cet autre soir d’été sous le préau de l’école désaffectée. Mais la passion des mots mêlés aux images m’est restée. Et quel plus bel univers dédié aux mots et aux images que celui de la littérature qu’on nomme “jeunesse” ?

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