Rouge Bala, la genèse

Au premier jour…

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J’ai repéré les illustrations de Justine Brax dans Corps de ballerine et dans Ouki, deux livres écrits par Sébastien Perez. Benjamin Lacombe nous a mises en contact, une conversation au téléphone a suffit pour nous entendre. Restait à trouver un sujet…

Les femmes, et l’Inde

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Le thème des femmes est une préoccupation essentielle qui nous est commune. L’idée de créer ensemble une histoire de ce côté-là était évidente.

deuxsoeurs-roigMais quelle histoire ? Quand Justine m’a dit qu’elle allait en Inde l’été suivant, c’était presque trop beau : l’Inde est un pays qui me donne le vertige depuis toujours. Je sais qu’un jour j’irai. Pas seulement pour des vacances, j’ai besoin de plus de l’Inde. Jusqu’à maintenant, ce projet n’a pas été prioritaire. Sans doute ne suis-je pas prête…

Les femmes, l’Inde : l’image du bindi, ce point rouge dessiné sur le front des indiennes m’est venue de suite.
De la couleur rouge, ce “pushpa” qui est une fleur, le sang menstruel et la couleur de la robe nuptiale tout à la fois, de ce point souvent symbole d’appartenance à un mari, on est très vite arrivées à une histoire sur le mariage des enfants indiennes.
Ce n’était qu’un premier pas…

De quel droit ?

L’idée qu’on marie une enfant de moins de quinze ans est monstrueuse pour moi (tout comme celle qu’on marie quelqu’un contre son gré). Mais si loin de l’Inde, si loin de cette culture que je connais à peine, de quel droit pouvais-je écrire sur ce sujet ? Cette question m’a taraudée pendant des jours. Comment moi, bobo parisienne, pouvais-je parler à la place d’une enfant d’un village indien ? Qu’est-ce que je savais de ce qu’elle pouvait ressentir face à un mariage prématuré ? 

babyhaldercouvLe hasard parfois se mêle des choses… Sur une table de librairie, face à la place Colette, j’ai trouvé Une vie moins ordinaire, de Baby Halder (éditions Picquier).
Après cette lecture, il était évident que française, indienne ou martienne, une femme était une femme, et une enfant de douze ans trop jeune pour être mariée.
Je pouvais commencer à écrire.

Des images et des sens

bateauvoiles-roigMais les interrogations n’étaient pas terminées. Comme dire l’Inde ? Comment emmener le lecteur dans un ailleurs à la fois humainement proche et culturellement si lointain ? L’image de la rivière est venue très vite, cette rivière qui sépare Élise et Pierre pendant la guerre, cette rivière qui coule comme une mélopée, à la fois rupture et continuité.
Le blog d’une photographe, Émilia Roig, me donnait à rêver, merci à elle…
Drôles de vacances : j’étais en Bretagne, et je vivais indien. Je regardais les grains sur l’océan comme s’ils étaient portés par la mousson, je sentais le curry au marché au poisson, le vent dans les haubans se faisait sitar. Au bout du môle, l’histoire était écrite.

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Une équipe

femmesetfleuve-roigUne éditrice a permis l’aboutissement de ce livre : Sophie Chanourdie, chez Milan. Elle a pris le risque d’un thème difficile, et celui d’un album “pour grands”. Et elle l’a fait avec un enthousiasme tel que tout le monde autour d’elle porte ce projet avec passion. Un vrai bonheur…
Merci à Sophie, à Cécile Petit et à toute l’équipe de Milan albums.

© Les illustrations sont de Justine Brax · Les photos sont d’Émilia Roig, contact via son blog.