“Faites des livres” à Saint-Junien

Gare de LimogesUn tout premier salon, c’est déjà une bonne nouvelle. Et quand ce salon démarre avec autant d’énergies, d’envies, de sourires, on sait que ce n’est qu’un début. Quand des “doc” comme elles s’appellent entre-elles sont venues m’inviter il y a un an au salon de Limoges pour ce tout nouveau salon de Saint-Junien, je ne savais pas que j’allais inaugurer une si belle aventure centrée autour de la lutte contre l’illétrisme.

Gérard Halimi, grand maître de cérémonie, nous a tous inondé de mails, il fallait que tout soit parfait. Il nous a transmis, jour après jour, toutes les nouvelles, les subventions qui venaient et celles qui étaient refusées, l’hôtelier qui devient mécène (et quel accueil !), l’imprimeur qui fait déborder les flyers, les marque-pages… Tous les partenaires, ici.

Des rencontres pleines de belles surprises dans les classes, une conférence de haut vol avec Yvanne Chenouf, Bernard Friot et Azouz Begag, des ateliers, des dédicaces, des libraires qu’on aime (la librairie de Saint-Junien et la super équipe de Rêv’en Pages). Et même une fanfare pour clore le salon et mettre de l’ambiance pendant que libraires et bénévoles rangent les livres ! Bref, de beaux moments sous le soleil de Saint-Junien.

Les objets de mes romans réalisés par les élèves de 5e de Louise Michel.Les grenouilles, “Dans les yeux d'Angel”.Le camp d'Angel.Des élèves de Louise Michel sous le goéland de “Demain la Lune”.

L’école de la République

Marilou à l'école.
Marilou à l’école, in “Le fil de soie”  ©Delphine Jacquot/éd. Thierry Magnier

Décidément, Le fil de soie est nommé dans de très beaux prix. Aujourd’hui, matinée Tatoulu dans une école du XVIIIe, à Paris. Je suis en avance, je regarde les enfants arriver devant le 61 de la rue Clignancourt. Est-ce l’effet retour de vacances ? Ce début de printemps qui hésite entre soleil et rideaux de pluie ? Les enfants sont calmes, sereins. Avec leurs origines cumulées, à eux tous, ces enfants de France doivent couvrir une bonne partie de la planète. La porte s’ouvre, la gardienne les accueille d’un bonjour souriant. Une enfant de sept ou huit ans attend sa copine pour entrer, elles sont contentes de se retrouver. Un jeune garçon noir arrive avec une petite fille blanche et blonde, ils sont en grande conversation, ils rient. Puis disparaissent dans l’école. Je les suis.
Arthur Cattiaux, un enseignant de CM2, m’accueille tout en saluant les enfants. Ilona, Mohamed, Jeanine, Lou, Lucas, Dylan, Arthur, Fleur, Ruby… il les connaît tous, a un mot gentil pour chacun, soulève le chapeau d’une fille en lui disant qu’il est charmant, mais qu’elle doit l’enlever pour aller dans la cour. Le respect, l’attention, la bienveillance. Des mots qui semblent tellement usés… et pourtant.

Dans sa classe de CM2 et celle de Raphaële Asselin, les rencontres avec les élèves sont de merveilleux moments d’écoute mutuelle, de curiosité, de finesse de réflexion sur le livre, l’histoire. Quand la récréation ou la fin de matinée sonnent, ils continuent de poser des questions, d’échanger, ne semblent pas pressés de partir. Marilou et sa Mamilona ont trouvé ici un bien beau théâtre pour livrer leur histoire…

Que dire ? Merci. Oui, merci, vraiment. Ce matin, rue Clignancourt, à Paris, j’ai vécu un vrai moment de mixité, d’école républicaine. C’est donc possible ! En ces temps si sombres, des instants comme ceux-là sont une source d’énergie essentielle. À la fin de la première rencontre, une enfant m’a demandé si les événements de Charlie Hebdo avaient changé quelque chose dans ce que j’écrivais. Dans son regard, dans l’attente de toute la classe face à ma réponse, j’ai ressenti l’immense confiance que ces enfants nous font, j’ai mesuré l’importance qu’on peut avoir, nous, troubadours, inventeurs d’histoires, chez ces enfants qui grandissent avec Charlie. Un sacré défi.

Mais on n’est pas seuls… Les parents, bien sûr, sont là. Et les enseignants. Alors, oui, merci aux enseignants, merci à l’équipe de cette école, merci à tous ceux qui font mentir les corbeaux et montrent jour après jour que vivre ensemble, non seulement c’est possible, mais que c’est enthousiasmant.

Genève et le prix Korczak

Le fil de soiegeneve_pluiedeau participe au prix Korczak, un prix créé par Eglal Errera, Béatrice Rosenberg et Annie Falzini en hommage au travail et à l’éthique de Janusz Korczak.
Écrivain, pédiatre, pédagogue, Janusz Korczak a suivi les enfants juifs de l’orphelinat qu’il dirigeait jusqu’au camp de Treblinka où il moura gazé en 1942. Respect et protection des enfants, telle aurait pu être sa devise. C’est en écho à son œuvre que ce prix Korczak choisit chaque année un thème lié aux droits et au respect des enfants. Je suis très fière que Le fil de soie nous permette de rencontrer des enfants et de débattre autour de ces thèmes.

Le fil de soie, dessins d'enfants de Genève
Dessins à l’école Eden

Cette année, grâce à la librairie Librerit et à l’association suisse des Amis du Dr. Janusz Korczak, le prix se déroule aussi en Suisse. Je reviens de quatre jours de rencontres ensoleillées avec des classes de Genève et alentours. Des classes d’une vingtaine d’élèves chaque fois, tous très attentifs, très curieux de l’histoire de Mamilona, de celle des Tsiganes pendant la 2e guerre mondiale et de la façon dont un livre nait. Dans la classe de Stéphane (école du Vélodrome), Luca a trouvé les mots justes pour expliquer ce que j’essaie de faire :
« En fait, vous cherchez à nous faire douter. » Douter, se questionner… les premiers pas vers une compréhension plus aiguë, un regard plus large sur le monde.

Merci aux enfants, à leurs enseignants, pour ces moments. Et un grand merci à Miriam, ma guide, pour son accueil si bienveillant (une vraie maman !).

• Pour info, toujours dans le cadre du prix Korczak, je serai le 4 juin à Évreux avec Delphine Jacquot pour une lecture dessinée du Fil de soie.