Eh non, le masculin ne l’emporte pas sur le féminin !

« Le masculin l’emporte sur le féminin »

Est-ce qu’on peut imaginer ce que cette phrase, assénée à chaque accord “malencontreux”, peut avoir de néfaste dans la conception que les enfants se forgent de leur propre personne, selon qu’ils sont filles ou garçons, et sur l’idée qu’ils se font du monde en général ? Comment lutter pour l’égalité des citoyen·nes quand on leur prêche cette règle inique dès leur plus jeune âge ?

Eh bien non, le masculin ne l’emporte pas sur le féminin.

Dans une pétition en cours, 314 enseignantes et enseignants s’engagent à ne plus appliquer cette règle.

Je suis écrivaine, la langue est mon outil. Quand j’écris, je pèse les mots, consciente que l’effet d’une phrase ne sera pas le même selon le terme choisi. Jusque-là, en bonne élève formatée, j’appliquais cette règle de l’accord sans y penser. Moi qui me pensais féministe… Mais les réflexions d’Éliane Viennot m’ont éclairée sur cet affront grammatical. Si je percevais bien la volonté de cantonner les femmes dans certains domaines, je n’avais pas réfléchi à ce côté-là de la force… Notre façon de “dire les femmes” n’est pas neutre… Des noms de métiers qui n’existent pas au féminin, la dévalorisation de l’acception féminine d’un grand nombre de termes… et jusqu’à cette règle grammaticale inique, tout fait sens. Et toujours dans le même sens.

Je suis écrivaine et j’écris des livres “jeunesse”. Il me semble d’autant plus important de lutter contre cette règle infâmante du “masculin qui l’emporte sur le féminin” que mes livres sont lus par des enfants et des adolescents.

J’ai signé la pétition de soutien à ces enseignants, à ces enseignantes.

À mes éditrices, mes éditeurs, à mes lectrices et mes lecteurs, j’annonce donc que j’utiliserai dans mes textes à venir la règle de proximité.

Ainsi les histoires et les livres seront beaux comme les livres et les histoires seront belles.

Une journée comme les autres

Une journée comme les autres.

À Paris, il fait gris. Sur ma table, un manuscrit en cours, feuilles en éventail, feutre débouché. À Francfort, les livres parlent en français dans des allées où l’on parle gros sous, traductions, misère des auteurs et splendeur des images énumérées de A à Z.

Dans ma cour, le chat est parti. Il reviendra. Dans mes yeux, les larmes d’un rhume qui s’installe, c’est l’automne. Dans ma rue, le kiosque à journaux, il en existe encore. Et en vitrine, le sourire d’un homme à la une.

Beau sourire, si ce n’était celui d’un meurtrier. C’est un artiste me dit-on ; oui, mais c’est un meurtrier. Il a payé ajoute-t-on. Payé ? Comme si la vie et la mort pouvaient entrer dans un système de transactions. Rappelez-moi, combien de coups ? Dites-moi, aujourd’hui, combien de femmes mourront sous ces mêmes coups de leur compagnon ? Une tous les trois jours, répondent les chiffres.

Aujourd’hui est une journée comme les autres. Un fond de nausée en plus.

2017 / 2018, la rentrée

Rentrée des classes.

En route pour une année de déplacements, de rencontres. Cette semaine, premières rencontres lectures dans les écoles, premier salon aussi, la fête du livre de Merlieux. Merlieux et ses levers dans les petits matins roses, ses bénévoles toujours attentifs, ses rues pavées de livres… Et un plein soleil d’été indien sur les dédicaces, les lecteurs, les auteurs et illustrateurs rencontrés, dont Anne-Lise Boutin qui a créé la nouvelle couverture de Pablo de La Courneuve.

Les jours vont se faire plus courts…

On peut toujours se dire qu’on aura plus de temps pour lire, et passer des soirées à refaire le monde avec les copains. Regarder des films aussi.

Pas de nouveau livre cet automne

Pour des raisons très diverses, trois publications ont été reportées en 2018. Deux albums et… un pop-up (mon premier pop-up !). Impatience de voir aboutir ses projets, mais sans frénésie. La sortie d’un livre est toujours un bonheur, mais je me dis que l’essentiel est peut-être dans le temps de l’écriture et dans la rencontre, ensuite, du livre avec le lecteur. Même si la découverte de l’objet fini est toujours un moment très fort.

Le hic dans ces bouleversements de planning, c’est une bousculade sur un même temps : 2018 sera dense.

Mais des questions…

Oui, 2018 sera dense en publications et en projets à finaliser. Avec le souci de ne pas “publier pour publier”, ne pas augmenter la montagne de livres qui paraissent chaque année sans y penser avant : est-ce que cette histoire a assez de “poids” pour moi pour qu’elle devienne un livre ? Sans préjuger de sa qualité, mais en essayant de rester vigilante à cette surproduction qui étouffe tout.

J’espère continuer à travailler avec mes éditeurs “de fond”, en romans comme en albums. Et voilà qu’apparaît un autre genre de questions : cette semaine, on a appris que Le Seuil allait être englobé dans une autre structure. Alors des questions se posent : que deviennent nos livres dans tout ça ? Pour chaque livre, on signe un contrat pour une période délirante (70 ans après notre mort), on a l’impression de signer avec une personne tout en sachant pertinemment qu’on signe avec une entreprise, une structure financière. Qui, d’un coup de fusion, de rachats d’actions, devient autre. Le navire avance sans qu’on puisse cerner sa route…

Reste les humains, les éditrices, les éditeurs, avec qui on fait avancer nos projets. Je m’accroche à eux. Que le vent leur soit favorable.

Et un printemps fleuri

2018 verra aussi l’aboutissement de projets réalisés avec de nouvelles équipes pour moi, dont un roman illustré qui paraîtra au printemps…
Ce printemps 2018 qui soufflera les 50 bougies d’un certain printemps fleuri.

Et là, déjà, on verra les jours rallonger.