{"id":2735,"date":"2015-12-10T00:48:13","date_gmt":"2015-12-09T23:48:13","guid":{"rendered":"http:\/\/cecileroumiguiere.com\/wp\/?p=2735"},"modified":"2018-03-17T12:37:21","modified_gmt":"2018-03-17T11:37:21","slug":"a-vous-qui-avez-vingt-ans","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/cecileroumiguiere.com\/wp\/?p=2735","title":{"rendered":"\u00c0 vous qui avez vingt ans"},"content":{"rendered":"<p>1977. Ou \u00e9tait-ce 1978\u00a0? J&rsquo;ai seize ans. Je porte des pantalons pattes d&rsquo;\u00e9ph et de grandes liquettes vol\u00e9es \u00e0\u00a0mon grand-p\u00e8re. On se parfume au patchouli et au bois de santal, on \u00e9coute Frank Zappa, Lou Reed\u00a0et Santana. Au lyc\u00e9e, au caf\u00e9, avec les copains, on refait le monde, sans arr\u00eat. C&rsquo;est une manie. Refaire le monde, fumer cigarette sur cigarette et tomber amoureux, de l&rsquo;un, de l&rsquo;autre, en riant, en pleurant. Je milite contre le nucl\u00e9aire, pour l&rsquo;\u00e9nergie solaire. En Espagne, Franco est mort. Il reste Pinochet au Chili et les dictatures \u00e0 l&rsquo;Est, de l&rsquo;autre c\u00f4t\u00e9 d&rsquo;un mur de silence, loin de nous. Mais on continue de crier dans les rues, contre la censure, contre les plans \u00e9conomiques absurdes, pour l&rsquo;\u00e9galit\u00e9 des femmes et des hommes, pour plus de libert\u00e9.<\/p>\n<p>2015. J&rsquo;ai cinquante ans pass\u00e9s. Plus de pattes d&rsquo;\u00e9ph\u00a0ni de liquettes, mon grand-p\u00e8re est mort. Qu&rsquo;aurait-il dit du monde qui s&rsquo;annonce, lui qui a\u00a0vu passer\u00a0tant de\u00a0guerres, 14\/18, 39\/45, les \u00e9chos des guerres\u00a0de d\u00e9colonisation, l&rsquo;Indochine et\u00a0l&rsquo;Alg\u00e9rie\u2026 Qu&rsquo;aurait-il dit du monde qui est l\u00e0 ? Et nous broie. Les extr\u00e9mismes se propagent\u00a0et menacent comme autant de nappes de p\u00e9trole sur un oc\u00e9an ferm\u00e9. La censure rampe et s&rsquo;\u00e9tend, le syst\u00e8me \u00e9conomique ne fonctionne plus, la finance\u00a0a pris le pouvoir et m\u00e8ne\u00a0sans sourciller\u00a0la plan\u00e8te dans le mur, les droits des femmes sont de plus en plus menac\u00e9s, la libert\u00e9 est sous contr\u00f4le, \u00e9tat d&rsquo;urgence prolong\u00e9, internet surveill\u00e9\u2026 Et maintenant, ce vote, ce d\u00e9sespoir larv\u00e9 qui se transforme en haine et en rejet.<\/p>\n<figure id=\"attachment_2744\" aria-describedby=\"caption-attachment-2744\" style=\"width: 321px\" class=\"wp-caption alignleft\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\" wp-image-2744\" src=\"http:\/\/cecileroumiguiere.com\/wp\/wp-content\/uploads\/2015\/12\/075.jpg\" alt=\"Affiche mai 68\" width=\"321\" height=\"226\" srcset=\"https:\/\/cecileroumiguiere.com\/wp\/wp-content\/uploads\/2015\/12\/075.jpg 600w, https:\/\/cecileroumiguiere.com\/wp\/wp-content\/uploads\/2015\/12\/075-300x212.jpg 300w\" sizes=\"auto, (max-width: 321px) 100vw, 321px\" \/><figcaption id=\"caption-attachment-2744\" class=\"wp-caption-text\">Affiche mai 68<\/figcaption><\/figure>\n<p>Alors ce soir j&rsquo;ai envie de reprendre mes pattes d&rsquo;\u00e9ph et mes liquettes, de rallumer ce briquet oubli\u00e9 dans un fond de tiroir, et de vous le passer en flambeau, \u00e0 vous qui avez seize ou vingt ans aujourd&rsquo;hui. \u00c0 vous qui h\u00e9ritez d&rsquo;un moment de l&rsquo;Histoire si complexe, d&rsquo;un basculement d\u00e9routant, d\u00e9stabilisant. Angoissant. Un briquet pour ne pas rester\u00a0dans le gris, le glauque, dans le vide de sens. Un briquet \u00e0 porter en \u00e9tendard, lumi\u00e8re au poing. Pour\u00a0r\u00e9clamer cette place qu&rsquo;on ne vous laisse pas, ou si peu. On sera l\u00e0, derri\u00e8re vous, pour continuer \u00e0 r\u00eaver le monde,\u00a0avec vous. Pour semer tout ce qu&rsquo;il nous semble vital\u00a0de semer, la libert\u00e9, la la\u00efcit\u00e9, l&rsquo;\u00e9galit\u00e9, de grands mots auxquels il faut arracher la majuscule pour les prendre avec nous, au creux de nous, les afficher\u00a0au quotidien, les prot\u00e9ger, les d\u00e9fendre, rageusement. C&rsquo;est votre monde qui se construit, il ne doit pas se\u00a0construire sans vous. Pour\u00a0continuer de vivre, de rire. De s&rsquo;aimer.<\/p>\n<p>Tenez, prenez ce briquet. Pour les pattes d&rsquo;\u00e9ph, il para\u00eet qu&rsquo;on dit <em>flare<\/em> maintenant, mais pour les liquettes, allez, je ne suis pas si terrible, je ne vous oblige pas \u00e0 en porter\u2026<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>1977. Ou \u00e9tait-ce 1978\u00a0? J&rsquo;ai seize ans. Je porte des pantalons pattes d&rsquo;\u00e9ph et de grandes liquettes vol\u00e9es \u00e0\u00a0mon grand-p\u00e8re. On se parfume au patchouli et au bois de santal, on \u00e9coute Frank Zappa, Lou Reed\u00a0et Santana. Au lyc\u00e9e, au caf\u00e9, avec les copains, on refait le monde, sans arr\u00eat. C&rsquo;est une manie. Refaire le monde, fumer cigarette sur cigarette et tomber amoureux, de l&rsquo;un, de l&rsquo;autre, en riant, en pleurant. Je milite contre le nucl\u00e9aire, pour l&rsquo;\u00e9nergie solaire. En Espagne, Franco est mort. Il reste Pinochet au Chili et les dictatures \u00e0 l&rsquo;Est, de l&rsquo;autre c\u00f4t\u00e9 d&rsquo;un mur de silence, loin de nous. Mais on continue de crier dans les rues, contre la censure, contre les plans \u00e9conomiques absurdes, pour l&rsquo;\u00e9galit\u00e9 des femmes et des hommes, pour plus de libert\u00e9. 2015. J&rsquo;ai cinquante ans pass\u00e9s. Plus de pattes d&rsquo;\u00e9ph\u00a0ni de liquettes, mon grand-p\u00e8re est mort. Qu&rsquo;aurait-il dit du monde qui s&rsquo;annonce, lui qui a\u00a0vu passer\u00a0tant de\u00a0guerres, 14\/18, 39\/45, les \u00e9chos des guerres\u00a0de d\u00e9colonisation, l&rsquo;Indochine et\u00a0l&rsquo;Alg\u00e9rie\u2026 Qu&rsquo;aurait-il dit du monde qui est l\u00e0 ? Et nous broie. Les extr\u00e9mismes se propagent\u00a0et menacent comme autant de nappes de p\u00e9trole sur un oc\u00e9an ferm\u00e9. La censure rampe et s&rsquo;\u00e9tend, le syst\u00e8me \u00e9conomique ne fonctionne plus, la finance\u00a0a pris le pouvoir et m\u00e8ne\u00a0sans sourciller\u00a0la plan\u00e8te dans le mur, les droits des femmes sont de plus en plus menac\u00e9s, la libert\u00e9 est sous contr\u00f4le, \u00e9tat d&rsquo;urgence prolong\u00e9, internet surveill\u00e9\u2026 Et maintenant, ce vote, ce d\u00e9sespoir larv\u00e9 qui se transforme en haine et en rejet. Alors ce soir j&rsquo;ai envie de reprendre mes pattes d&rsquo;\u00e9ph et mes liquettes, de rallumer ce briquet oubli\u00e9 dans un fond de tiroir, et de vous le passer en flambeau, \u00e0 vous qui avez seize ou vingt ans aujourd&rsquo;hui. \u00c0 vous qui h\u00e9ritez d&rsquo;un moment de l&rsquo;Histoire si complexe, d&rsquo;un basculement d\u00e9routant, d\u00e9stabilisant. Angoissant. Un briquet pour ne pas rester\u00a0dans le gris, le glauque, dans le vide de sens. Un briquet \u00e0 porter en \u00e9tendard, lumi\u00e8re au poing. Pour\u00a0r\u00e9clamer cette place qu&rsquo;on ne vous laisse pas, ou si peu. On sera l\u00e0, derri\u00e8re vous, pour continuer \u00e0 r\u00eaver le monde,\u00a0avec vous. Pour semer tout ce qu&rsquo;il nous semble vital\u00a0de semer, la libert\u00e9, la la\u00efcit\u00e9, l&rsquo;\u00e9galit\u00e9, de grands mots auxquels il faut arracher la majuscule pour les prendre avec nous, au creux de nous, les afficher\u00a0au quotidien, les prot\u00e9ger, les d\u00e9fendre, rageusement. C&rsquo;est votre monde qui se construit, il ne doit pas se\u00a0construire sans vous. Pour\u00a0continuer de vivre, de rire. De s&rsquo;aimer. Tenez, prenez ce briquet. 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