Illustrée par Nathalie Novi
Albin Michel, collection dirigée par Benjamin Lacombe · novembre 2025
Une fille ! C’est une fille ! Sa grande veste lui battant les mollets, le héraut courait partout dans la ville. Il était si ému qu’il en oubliait de sonner trompette ! Entre océan et forêt, Hespérie, lointain royaume du bout du monde, vivait un jour des plus heureux : après des années sans espoir de prince ni de princesse, une enfant était née ! La reine et le roi étaient si âgés… Quand le ventre de la reine s’était arrondi, on avait eu du mal à y croire. On ne pensait plus un tel bonheur possible. Mais c’était bel et bien vrai, aujourd’hui, l’enfant était là.
Souvenirs d’enfance
Une princesse, des matelas, des édredons et… un petit pois. Ni ogre terrible ni gentille fée avec baguette, seulement une jeune femme si sensible que c’est à cela qu’un prince sûr de lui la reconnaît comme princesse. Quelle drôle de trame pour un conte ! Enfant, je l’ai toujours trouvé si absurde qu’il en devenait charmant. Quand Benjamin Lacombe m’a proposé de le réécrire, j’ai découvert que le texte initial d’Andersen ne faisait que quelques lignes… Quelques mots seulement pour l’une des histoires les plus célèbres du monde occidental. La magie d’Andersen, qui creuse ici comme tant de textes un trait de sa personnalité, la sensibilité. Le personnage de la princesse est magnifiquement présent, on la voit s’étonner de cette nuit si mauvaise passée sur un lit si haut, et par sa spontanéité, elle interroge : qu’est-ce qui fait que l’on est princesse ? Il n’est pas question ici de naissance, mais de sensibilité. En relisant le conte à ma façon, j’ai imaginé l’enfance, l’adolescence, et les choix de cette princesse sans prénom que j’ai nommée Ipomée, le nom d’une fleur volubile.
Au plus près de la nature
Chez Nathalie Novi, Ipomée et les humaines, les humains qui l’entourent sont figurés sous les traits d’animaux. On entre dans un monde où la nature est reine, où des scènes d’une douceur extrême peuvent faire place à des tableaux cruels quand des chasseurs menacent l’harmonie autour de la princesse. Une œuvre splendide où chaque personnage est incarné, chaque émotion cueillie à fleur de trait. Une palette parfaite pour Ipomée…

La toute jeune Ipomée applaudissait dès qu’elle apercevait un papillon ou une mésange, imaginez sa joie quand une biche ou un marcassin pointait son museau vers le potager ! Mais à la vue d’un papillon pris dans la toile d’une araignée, elle fondait en larme, c’était comme si le monde s’écroulait… Autant elle était facilement réjouie, autant le moindre petit drame de la vie lui donnait un chagrin si intense qu’il la dévastait.

Toutes les images © Nathalie Novi 2025
