Parole de papillon

Roman illustré par Léa Djeziri
éditions du Pourquoi pas ? nov. 2015

Kosovo, été 1999

Couverture de "Parole de papillon"Cache-toi Todor ! Cache-toi…
Le vent souffle. Un vent chaud, et lourd. C’est le début de l’été.
Elle avait des cheveux doux, sa mère. Ils étaient bruns et un peu roux aussi, comme les feuilles des arbres en automne, et brillants comme la châtaigne. Elle lui a crié de se cacher quand ils l’ont emmenée. Alors Todor a couru. Ils ont tiré sur son père qui courait vers elle. Todor l’a vu s’écrouler par terre, mais il n’a pas crié. Après ça, Todor n’a plus rien vu, plus rien entendu. Il s’est accroupi sous l’appentis, derrière la réserve de bois. Les yeux fermés, les poings sur les oreilles, il a attendu. Il a senti l’odeur des maisons qui brûlaient. Il ne se rappelle pas s’être endormi, mais quand il a rouvert les yeux, il faisait nuit.

Ce texte est né il y a des années dans les échos de la guerre du Kosovo. Au départ, je l’ai écrit comme un exercice, je n’étais pas encore publiée. L’histoire s’est construite à partir de trois photos : un vieillard assis sur une chaise, le regard perdu au loin, un manège de chevaux de bois, un enfant qui offre son visage à des flocons de neige (une photo d’Édouard Boubat). Trois images qui sont devenues trois étapes clefs dans l’itinéraire de Todor, un enfant à la recherche de son grand frère dans les ravages de la guerre.

Papillon de Léa DjeziriCet enfant a pris très vite le prénom de Todor, comme Todor Bogdanović, un enfant de huit ans tués par un policier à la fin de l’été 1995 pendant que ses parents fuyaient la guerre. À partir de là, le texte m’a tenue, il a pris une importance très éloignée du simple exercice. Je n’ai pas écrit l’histoire de Todor Bogdanović mais j’ai nommé mon personnage Todor en hommage à cet enfant mort de la guerre que font les adultes.

Aujourd’hui, vingt ans après, des enfants encore s’échouent et viennent mourir sur les routes de l’exode.

Il y a quelque mois, quand Alain Claude m’a demandé si je n’avais pas un texte à lui proposer pour ses éditions du Pourquoi pas, j’ai tout de suite pensé à Todor, tout en m’interrogeant : est-ce que cette histoire de Kosovo et d’hommes et de femmes poussés sur les routes par la guerre parleraient aux adolescents d’aujourd’hui ? C’était l’hiver dernier… l’actualité, malheureusement, a rattrapé Todor.

Pour prendre son envol, Parole de papillon ne pouvait rêver mieux que cette superbe aventure : un livre illustré par une élève de l’école de l’image d’Épinal, les superbes encres de Léa Djeziri, mis en page par Simon Bailly. Et un livre porté par une maison d’édition largement impliquée dans les valeurs de laïcité et de paix. Place, maintenant, aux lecteurs qui tendront la main à Todor…

Un ange de Sarajevo par Louis Jammes
Les anges de Sarajevo, ©Louis Jammes

Avec un regard ému sur les anges de Sarajevo, superbe hommage de Louis Jammes aux enfants de la guerre.

• Au sujet de la maison d’édition…