Un tarot ? Quelle drôle d’idée… Pas tant que ça quand on me connaît un peu…

D’abord, je déteste abandonner mes personnages. j’aime les confier aux lectrices, aux lecteurs, mais ils et elles ne me quittent jamais vraiment tout à fait. Et quand ce sont des personnages qui me hantent depuis l’enfance, l’abandon est im-po-ssi-ble ! Après avoir écrit le mot « fin » sur Les Sorcières de l’Encyclopédie du Merveilleux avec Benjamin Lacombe chez Albin Michel, je n’ai eu qu’une idée en tête : continuer à les faire vivre. Les images de Benjamin étaient là, puissantes, elles ne demandaient qu’à exister au-delà du livre, autrement.
Ce projet s’ancre aussi dans mon amour des cartes. Depuis toujours, j’aime les cartes, toutes sortes de cartes : à jouer, à deviner, au trésor, à tracer du bout des doigts en suivant des routes… Après avoir réalisé Cric Crac, sors l’histoire de sa boîte ! avec Carole Chaix, la CAF de Seine-saint-Denis et le SLPJ, j’avais envie de continuer à creuser cette voie. Une carte, un jeu de cartes, c’est des images et toute une histoire à filer, des histoires croisées, des arborescences infinies. Une sorte de paysage façon Mandelbrot et ses fractales, une ligne de falaises en bord de mer qui change au fur et à mesure qu’on s’en approche. Une mine d’or pour l’imagination.
Dans les nombreuses rencontres dont ce métier est si riche, il y a eu cette discussion avec « A. », artiste, créative, jeune, parfois pleine de colère et débordante de tendresse tout à la fois, au cœur des interrogations de genre, de vie ensemble, de futur à construire. Et, quand je lui demande ce que lui apportent les thèmes astraux, ces mots :
Je suis athé·e, atypique dans un monde hyper normé, quand je me sens seul·e, il me faut quelque chose à quoi m’accrocher, une main tendue…
Une main tendue… J’ai repensé à mes quinze ans, mes vingt ans, à ces moments intense de solitude, ces interrogations qui dévorent, et aux personnes qui m’ont « tendu la main » avec ce qu’elles savaient être, des cartomanciennes sensibles, sur le fil de l’ésotérisme et celui de la psychanalyse. Je savais comment retrouver nos sorcières, leur place était là, au cœur d’un jeu de tarot.



Écrire un tarot divinatoire comme une main tendue… Une fois l’idée claire dans ma tête, je l’ai proposée à Benjamin, qui l’a acceptée aussitôt, et enrichie de ses propres attentes et de tout son savoir faire. Et l’aventure a commencé… À son tour, Albin Michel a dit oui et a commencé à chercher comment le réaliser. Pour voir le projet finalisé, suivez ce lien…

De mon côté, restait à… penser écrire, réfléchir, tourner, retourner les mots, les images, me noyer dans le tarot ou plutôt les tarots, il y en a tant ! M’inspirer bien sûr des tarots « classiques », celui de Marseille et celui de Waite, lire et relire Jodorowsky, Jung, rêver sur le tarot de Niki de Saint Phalle… et pour être sûre que cette main tendue ne soit pas sujette à une lecture malsaine ou mal comprise, lire et relire le projet avec mon amie Stéphanie P., pédopsychiatre et psychanalyste.
Parce que si un tarot est avant tout un jeu d’images, il est sous-tendu par le livret de lecture, un livret qui se doit d’être à la hauteur et des intentions et des visuels.
Des mois de travail… Le temps d’écrire un roman. Car ce jeu de cartes est aussi une histoire à narrer. Carte à carte, il raconte des milliers d’histoires, il parle de soi, des autres, de nos rapports au monde. Il est riche de ce que l’on y cherche, de ce que l’on y met.

Le travail d’orfèvre de Benjamin Lacombe donne à ce coffret une force quasi magnétique… Plus bel objet, difficile d’en rêver…
À vous de vous en emparer… Il sera en librairie le 23 octobre.