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Un dimanche dans le métro

Une femme gitaneAu bout de tes mains gercées, un sac de pain trop gros pour toi. Quelques pomme abîmées sous des films plastiques éventrés. Ta jupe balaie les quais du métro. Ta fatigue se voit. Elle se lit dans ce geste de la main, là, qui efface de ton front quelques pensées inutiles. Tendue en avant, un seul but. Malgré ton corps lourd, voûté. Nourrir les tiens, ta famille, ceux du camp. Ceux qui vivent à la zone des cités, rejetés. Ceux qui n’ont jamais mis de barrière autour d’aucune terre. Parce qu’ils n’y ont rien planté. Ils savent trop que le temps est compté. Qu’il faut le chanter, le rythmer, boire et vivre de son air — avant de mourir, — s’effacer. Pas le temps d’attendre que le blé pousse, ils cueillent les graines sauvages, se noircissent le visage de mûres et de baies, ils se lavent dans l’eau vive des ruisseaux. Et rient, dans le soleil. Loin du métro.