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Ad-ole-scence

Étymologie

Verbe composé de ad– [ à, vers, à côté de, jusqu’à ], alo [ élever ] et –sc-, [ brûler ], il s’agit de la métaphore des flammes ou de la fumée qui montent.

Verbe (ădŏlesco, infinitif : ădŏlescĕre, parfait : ădŏlēvi, supin : ădultum)
— Grandir, pousser, se développer.
— Se transformer en vapeur, brûler, être allumé.

(source : Wiktionary)


L’adolescence… Un temps flou dont on réduit trop souvent les protagonistes d’un coup de ciseau langagier, les ados. Ce temps entre deux âges est une question laissée ouverte. Cet âge n’est pas si vieux : il n’y a guère plus d’un siècle, aux champs, à l’usine, dans des maisons bourgeoises, les enfants travaillaient dès huit, douze ans. L’enfance débouchait sur le monde du travail et des adultes sans aucune passerelle. Souvent, un rite d’initiation faisait office d’unique clef dans ce plongeon en eaux troubles. Et des enfants naissaient à leur tour de ces enfants grandis d’un coup.
Les lois sur le travail des enfants ont fait naître cet entre-deux qui est devenu un âge à part entière. C’est le thème d’un documentaire basé sur un livre de Jon Savage, écrivain et chroniqueur de musique punk et rock, un film diffusé en ce début d’été sur Arte :

Nous, les ados !

Nous les ados ! photo.

Du début du XXe siècle aux années 50, des portraits s’enchaînent pour montrer cette adolescence balbutiante. Un montage d’archives étonnant, avec la musique comme fil rouge qui relie adolescents européens et américains.

Le documentaire se termine par l’image de l’Amérique débarrassant l’Europe de ses armes pour les remplacer par le Coca-Cola. Les adolescents qui n’existaient pas au début du film sont devenus une extraordinaire cible commerciale. Sans cesse instrumentalisés, ils ne semblent pouvoir exister qu’à travers les musiques qu’ils tendent comme un miroir grimaçant aux adultes qui ne les comprennent pas. Des adultes qui en ont peur et n’ont qu’un seul but : les faire rentrer dans le rang, les coincer dans le moule, les façonner à leur image.

Plus d’un demi-siècle après, rien n’a vraiment changé. Les adolescents vivent au cœur d’une explosion hormonale. Ils sont énergie pure, énergie physique et créatrice, pulsions, débordements. Ils ont tant à inventer, à imaginer, à détruire aussi.

Les adolescents font toujours peur. Peu écoutés ou entendus, ils n’ont pas de place dans la Cité, au sens politique du terme. Les adultes ont-ils si peur de leur propre adolescence, de ces désirs, de ces pulsions qu’ils ont traversés avant de les ensevelir ? Craint-on les rêves auxquels on a renoncé ?

Pourtant, si on laissait de la place aux adolescents, à l’adolescence, dans cette fantastique énergie, dans cette flamme qui monte, la société pourrait sans doute trouver de quoi alimenter un futur plus ouvert, moins mortifère que celui construit par Coca-Cola…

Enfin, laisser parler Rimbaud, l’Adolescent éternel :

J’ai embrassé l’aube d’été.
Rien ne bougeait encore au front des palais. L’eau était morte. Les camps d’ombres ne quittaient pas la route du bois. J’ai marché, réveillant les haleines vives et tièdes, et les pierreries regardèrent, et les ailes se levèrent sans bruit. …

(Arthur Rimbaud · Aube, “Illuminations”)