Les ombres du Titanic, couverture

Les ombres du Titanic

La sirène du paquebot retentit. Le son grave semble vider l’air alentour. Près d’une passerelle, Howard de Lennox et sa femme, Louise, fendent le flot des passagers de première classe. Lady Lennox serre le panier de son chat contre sa poitrine, son mari marche devant elle.
— Kaitlyn! Give me your hand!
Remontant la foule à contre-courant, Rosaleen O’Neal et sa fille rejoignent leurs maîtres. La mère a les yeux rougis de pleurs, elle agite son billet au bout de sa main.
— Níl siad ag iarraidh mé ! Ils ne veulent pas de moi. I can’t board!
Entre les mots d’anglais mêlés d’irlandais et de français, Lady Lennox et Sir Howard Lennox finissent par comprendre que la femme de chambre ne pourra pas embarquer. Une simple conjonctivite, mais le règlement d’émigration est strict : aucune maladie contagieuse n’est tolérée à bord. Rosaleen O’Neal tord un vilain mouchoir entre ses doigts, elle hoquète.
— J’avais appris à lire pour pouvoir monter dans le navire…

Le Titanic, de naufrage…

Le Titanic… Un paquebot comme personnage principal d’un drame qui a brisé toute une société, une façon de penser, un rapport au monde. Sur ce navire monstre de grandeur et de beauté, au milieu de milliers de passagers en partance pour “le nouveau monde”, une femme, Louise, et une enfant, Kaitlyn. Leur destin va être bouleversé par le plus grand naufrage de tous les temps.

… en vertiges

De 1912, date du naufrage, à 1929, Louise et Kaitlyn vivent sur une ligne de crête. Installées à Paris, elles refusent de regarder derrière elles ces ombres qui les dévorent. Kaitlyn devenue Catherine a vingt-deux ans, elle vit à cent à l’heure, fait la fête parmi tous les privilégiés de ces années que l’on ne nomme pas encore « folles ». Un temps où le champagne coule à flot, où le jazz noie les angoisses, où les corps s’oublient dans la danse. Mais des vertiges creusent le sable sous ses pieds, des crises de plus en plus fréquentes, de plus en plus intenses.

Pendant que le monde occidental vacille au bord du chaos, Catherine doit affronter son passé, ouvrir la boîte de Pandore de ses souvenirs. Louise consentira-t-elle à lui en donner la clef ?

Son plateau porté à bout de bras, le regard fixe, un serveur remonte le flot de la foule. La salle de réception de l’hôtel déborde de fêtards. Sur l’estrade, l’orchestre joue Honeysuckle Rose. Les rires des danseurs fusent, çà et là des éclats de voix trouent la musique ; la soirée tend vers son apogée. Bientôt, les noceurs seront fatigués, les paupières se feront lourdes, sur des regards vagues, les pas seront traînants, les paroles ralenties. Catherine n’a pas attendu Julien – qui prend autant de temps pour se changer ? Certainement pas elle. Elle attend un instant avant d’entrer dans la salle ; elle s’enivre de cette heure hors du temps, ce moment où tout est permis.

Un livre comme un bijou

Aux images et au suivi de la collection, Benjamin Lacombe a mis tout son talent et son savoir-faire dans la réalisation de ce livre. L’univers de Louise est sublimé dans des peintures à l’huile et gouache, en écho, celui de Katlyn-Catherine vibre dans des illustrations à l’aquarelle. Pour rester dans le voyage, une enveloppe de fac-similés est glissée en fin de livre.