Eh non, le masculin ne l’emporte pas sur le féminin !

« Le masculin l’emporte sur le féminin »

Est-ce qu’on peut imaginer ce que cette phrase, assénée à chaque accord “malencontreux”, peut avoir de néfaste dans la conception que les enfants se forgent de leur propre personne, selon qu’ils sont filles ou garçons, et sur l’idée qu’ils se font du monde en général ? Comment lutter pour l’égalité des citoyen·nes quand on leur prêche cette règle inique dès leur plus jeune âge ?

Eh bien non, le masculin ne l’emporte pas sur le féminin.

Dans une pétition en cours, 314 enseignantes et enseignants s’engagent à ne plus appliquer cette règle.

Je suis écrivaine, la langue est mon outil. Quand j’écris, je pèse les mots, consciente que l’effet d’une phrase ne sera pas le même selon le terme choisi. Jusque-là, en bonne élève formatée, j’appliquais cette règle de l’accord sans y penser. Moi qui me pensais féministe… Mais les réflexions d’Éliane Viennot m’ont éclairée sur cet affront grammatical. Si je percevais bien la volonté de cantonner les femmes dans certains domaines, je n’avais pas réfléchi à ce côté-là de la force… Notre façon de “dire les femmes” n’est pas neutre… Des noms de métiers qui n’existent pas au féminin, la dévalorisation de l’acception féminine d’un grand nombre de termes… et jusqu’à cette règle grammaticale inique, tout fait sens. Et toujours dans le même sens.

Je suis écrivaine et j’écris des livres “jeunesse”. Il me semble d’autant plus important de lutter contre cette règle infâmante du “masculin qui l’emporte sur le féminin” que mes livres sont lus par des enfants et des adolescents.

J’ai signé la pétition de soutien à ces enseignants, à ces enseignantes.

À mes éditrices, mes éditeurs, à mes lectrices et mes lecteurs, j’annonce donc que j’utiliserai dans mes textes à venir la règle de proximité.

Ainsi les histoires et les livres seront beaux comme les livres et les histoires seront belles.

Le vieux bateau

Les vieux bateaux ont une histoire. Comme celle de ce jeune homme amoureux parti en mer plein d’amertume, sa Jeanne ne voulait pas d’un pêcheur, elle rêvait d’une vie à terre, d’une vie de biens. Il a navigué droit devant…

Les vieux bateaux ont une histoire. Comme celle de ce jeune homme amoureux parti en mer plein d’amertume, sa Jeanne ne voulait pas d’un pêcheur, elle rêvait d’une vie à terre, d’une vie de biens. Il a navigué droit devant, dans les vagues et les embruns. Il aurait pu ne pas rentrer. Il a rempli ses yeux du gris de l’orage, ses poumons du sel des siècles traversés, il a regardé passer les dorades, un banc tout entier, aux dos luisants dans la lumière du couchant. Il est rentré au port, il n’avait rien pêché. Il a rangé ses filets, son ciré, ses bottes. Il a laissé un mot : « La maison, elle est à ma mère, le bateau, il est pour Jeanne ». Et il a quitté le pays, on ne l’a jamais revu. Certains racontent qu’il a traversé l’Afrique, son sac sur le dos. On l’aurait croisé sur les îles aux senteurs de vanille, ou encore sur ces routes de marchands où l’on sait toujours quand on part, jamais quand on arrive.

Jeanne, elle, vit à la ville, comme elle en rêvait. Elle est devenue femme de notaire, mère d’enfants de notaire. Quand le bateau a menacé de couler, elle n’en a pas démordu : il fallait le sauver, elle le voulait, au milieu du jardin. Son notaire de mari a trouvé l’idée burlesque, une tocade de femme. Il a laissé faire.

Et le bateau qui prenait l’eau a pris racine sur la terre acide du jardin de la ville. Il est devenu une île où Jeanne se réfugie, à l’aube, pour trouver la force de vivre encore.

CR · Retour de balade, 19 août 2017

Le jardin de l’été avec “Partir en livre”

Le parc d’attractions littéraires du SLPJ93 à Pantin

Dans le cadre de “Partir en livre, la grande fête du livre pour la jeunesse”, un événement du ministère de la Culture, organisé par le Centre national du livre (CNL) avec le soutien du Salon du livre et de la presse jeunesse en Seine-Saint-Denis (SLPJ93), le SLPJ93 organise son deuxième Parc d’attractions littéraires

à Pantin
du 19 au 25 juillet 2017.

Jardin des sens, fresque collaborative, arrosoirs de lecture géants… tout le programme est là.